Ne plus se mentir …

28 avril 2019 Commentaires fermés sur Ne plus se mentir …

Interview de Jean-Marc Gancille par Mr Mondialisation.
« Mr Mondialisation : Vous êtes particulièrement sévère vis-à-vis de ceux qui « positivent » l’écologie ainsi que l’effondrement – vous vous moquez ouvertement des « happy collapser ». Pourquoi ?
Jean-Marc Gancille : Je suis effectivement sévère face à notre complaisance générale face au sempiternel recyclage des mêmes illusions vertes qui nous font perdre le temps précieux que nous n’avons plus. La litanie des concepts creux et lénifiants qu’on nous sert invariablement comme des solutions miracles (les petits gestes du quotidien, le développement durable, la croissance verte, l’économie circulaire,…) fait perdurer l’ordre économique établi qui refuse toute subordination à des enjeux de justice sociale et d’urgence écologique.
Quant au « magic thinking » très répandu dans la communauté écolo qui voudrait que « quand on veut on peut » ou à l’idée selon laquelle il faudrait avant tout « être le changement qu’on veut voir advenir dans le monde », ces considérations ne font preuve d’aucune réflexion politique, d’aucune lucidité critique sur l’invariabilité des lois physiques ou la permanence des logiques de pouvoir et de domination qui nécessiteront infiniment plus que la pensée positive pour s’en sortir. »

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Macron, ou la construction d’une anesthésie morale

1 mars 2019 Commentaires fermés sur Macron, ou la construction d’une anesthésie morale

Par Frédéric GROS

In Chronique du Yéti 1er mars 2019

Frédéric Gros a lu « Ce pays que tu ne connais pas » de François Ruffin. À rebours des phraseurs playmobil il nous parle, lui, d’un livre qu’il a lu…

Pour commencer, de ce livre on peut dire qu’il est d’abord une galerie de portraits vifs, anguleux. On touche de près des femmes, des hommes rencontrés par l’auteur, et pour lesquels les fins de mois difficiles commencent le premier jour de la première semaine, pour lesquels quelques dizaines d’euros décident de la chute, de l’angoisse, de la dépression.

Ce livre est encore une adresse, rugueuse, rageuse, au président Macron, une relecture à charge de son curriculum comme parcours d’allégeances aux plus puissants, comme lent apprentissage du mépris social, tissage d’un deal ignoble.

Un livre sur la honte

Ce livre est tout cela certes, mais c’est surtout pour moi un livre sur la honte, ou plutôt même sur le passage des hontes et l’alchimie de ce passage, la lente transformation de la honte-tristesse en honte-colère, transformation dont il faut dire qu’elle est la condition éthique de tout mouvement populaire consistant. Cette transmutation des affects est le cœur inaperçu de la dynamique révolutionnaire. Ici, le livre de François Ruffin lève un voile.

La honte-tristesse, elle traverse plusieurs des figures qui prennent vie, chair, couleur dans le livre (Marie, Zoubir, Claire, Camille, etc.) Je repense au mot de Spinoza dans son Éthique : la honte est une tristesse accompagnée de l’idée du mépris d’un autre. La honte, c’est bien de se sentir humilié par sa condition, son dénuement. Des cadeaux qu’on ne peut pas faire aux enfants, des frigos maigres.

Elle est un moindre-vivre, un avenir muré. Honte parce qu’on frôle à chaque instant les limites matérielles de ce qui constitue une humanité décente. « Même pas ça ».

Lire la suite : Ruffin lu par F. Gros

SINISTRE COMÉDIE D’UN RACISTE HABILLÉ EN ANTI-RACISTE

21 février 2019 Commentaires fermés sur SINISTRE COMÉDIE D’UN RACISTE HABILLÉ EN ANTI-RACISTE

Posted by Alain Badiou | 20 Fév 2019 | LeMédia Presse / Idées | 32 

La chasse des réseaux sociaux, des complotistes de tout genre, des enragés de l’Occident et de la race blanche est aujourd’hui ouverte contre, en particulier, mon amie de longue date, celle avec qui j’ai longtemps réalisé sur le net l’émission totalement libre « Contre-courant », notamment diffusée par Mediapart, et qui tente aujourd’hui d’échapper, à la direction de la rédaction du Média, au contrôle total du journalisme par les actionnaires du CAC 40.

Que s’est-il passé ?

L’homme qui a dit que l’équipe de France de foot comportait trop de nègres et qu’elle était à ce titre la risée de l’Europe ; l’homme qui a dit que les noirs et les arabes corrompaient les jeunes blancs dans les banlieues ; l’homme qui a soutenu que la « mixité » raciale était une menace pour l’Europe ; l’homme qui a également soutenu qu’il ne fallait jamais dire de mal des États-Unis, sauf à provoquer un désastre de la « civilisation » ; l’homme qui maintient aujourd’hui encore que le colonialisme – des millions de morts, de déportés, de suppliciés, d’esclavagisés – a apporté en Afrique la dite « civilisation » : cet homme-là a trouvé un truc pour que lui, intellectuel bien blanc et bien réactionnaire, académicien du suprématisme occidental, devienne l’image de la pauvre victime. Il a mis au point sa technique dès le mouvement Nuit Debout, en 2016 : il va rôder du côté de démonstrations publiques souvent sympathiques, mais dont le tort est, par « démocratisme » stérile, de ne pas contrôler qui est là, qui est un réel participant à ce qui se passe, et qui est un infiltré, un policier ou un fascisant ; et du coup, de n’avoir pas les moyens de neutraliser les provocateurs.

Exploitant cette faiblesse, le promeneur Finkielkraut devient l’instrument complaisant, réjoui, de provocateurs antisémites et fascisants, ou de déchaînés obtus de la violence, infiltrés, comme lui, dans une protestation collective légitime, mais que son désordre individualiste affaiblit sans remède. L’académicien promeneur se réjouit de la présence de ces parasites, qui le supplicient verbalement, le couvrent des sobriquets infâmes issus de leurs convictions fascisantes, et lui permettent ainsi, en retour, de cracher son venin sur la part populaire et activement anti-gouvernementale de la démonstration en cours. Après quoi, pauvre offensé, il appelle au secours les médias – largement, il faut le dire, vendus à sa cause.

Lire la suite : RacismeFinkielkrautBadiou2019

L’antisémitisme, un problème marginal dans la France d’aujourd’hui

21 février 2019 Commentaires fermés sur L’antisémitisme, un problème marginal dans la France d’aujourd’hui

Pierrick Tillet20 février 2019

Pendant que des « milliers de manifestants » (selon Ouest France à qui on laissera la responsabilité de ce chiffrage) défilaient à Paris et en province contre l’antisémitisme, les chiffres du ministère de l’Intérieur sur les actes d’antisémitisme commis dans le pays en 2018 tombaient :

=> Les actes anti-juifs ont augmenté de 74 % en 2018 (541 cas) par rapport à l’année précédente (311 cas). +74 %, ça apparaît énorme. Et c’est bien sûr ce chiffre “terrifiant” que retenaient les médias mainstream.

Mais décomposons ces 541 cas :

  • 81 actes de violences, de tentatives d’homicide et un homicide ;
  • 102 atteintes aux biens ;
  • 358 “menaces”.

 France 2018 : 541 cas d’agressions antisémites (dont 358 “menaces”) sur 3,7 millions de faits de délinquance avérés

Au fait, qui a fourni ces chiffres ? Pas la police, puisqu’en France elle ne procède à aucun recensement par confession religieuse. Alors qui ? Eh bien, ces chiffres sont sortis du tiroir des associations de défense de la communauté juive de France, Crif, Licra, connues pour leur défense sans nuances de la politique israélienne (NB : peut-on avoir le détail de ces agressions, svp, histoire de vérifier nos infos, et savoir aussi qui a répertoriés, et comment, et pourquoi, ces 358 “menaces” ?).

En réalité, dans la mesure où ces chiffres sont vérifiés, 541 cas d’agressions à caractère antisémite (dont 358 simples menaces), c’est toujours trop, c’est inadmissible, mais ce n’est rien en regard du nombre de crimes et délits répertoriés la même année en France par la police : 3.721.798.

La moyenne des agressions antisémites (hors simples menaces) sur la décennie 1999-2008 est de 551. Cette moyenne sur la décennie 2009-2018 est de 152, soit une baisse de 70 %.

Lire tout l’article : L’antisémitisme P.Tillet2019

La non-violence doit accepter la pluralité des formes de lutte

7 février 2019 Commentaires fermés sur La non-violence doit accepter la pluralité des formes de lutte

Par Juliette Rousseau / Reporterre Article paru le 18 novembre 2016

Quand bien même elle se voudrait stratégique et non morale, l’approche non-violente fonctionne systématiquement comme une injonction : avec elle, pas de tâtonnement ou d’inconnu, les frontières sont supposées être claires et ce dont il s’agit, c’est bien de choisir son camp : on est non-violent-e ou on ne l’est pas. Et, comme toujours, quand son objet est une dichotomie plutôt simpliste, le débat sent le soufre et beaucoup préfèrent le fuir. Mais, le concept de violence est aussi un outil de propagande dont le pouvoir se sert pour trier ses interlocuteurs et légitimer la répression qu’il fera subir aux autres : on ne dialogue pas avec les « violent-es », on les écrase (les émeutes de 2005 sont à ce titre l’exemple éloquent d’une révolte à laquelle on a nié tout caractère politique pour n’y opposer qu’un traitement répressif). Aussi, au-delà de la discussion stratégique sur nos modes d’action, c’est la question de nos alliances qui se pose en filigrane de ce débat : dans quelle mesure nos modes de luttes — et surtout ce que nous en disons — déterminent-ils notre capacité à nouer des solidarités à même d’abolir les oppressions systémiques ?

 Dimension profondément subjective de la violence 

L’idée même de « non-violence » postule que la violence existerait dans l’absolu et qu’il serait possible à chacun-e de l’appréhender objectivement, d’en tracer les contours nets et de s’en extraire. Au-delà de l’idée gênante de pureté qu’une telle approche convoque, elle pose plusieurs problèmes majeurs.

Avant tout, elle place sur le même plan des formes de violence que toute critique systémique devrait pourtant distinguer : la violence déployée par le système pour se maintenir et celle, supposée, d’actes collectifs visant à lui résister. Si le jet de cocktail Molotov et le coup de matraque se rencontrent à l’horizontale dans la rue, ils ne traduisent aucunement une égalité dans l’affrontement. Parler également de violence pour l’un comme pour l’autre revient à ignorer le monopole de la violence légitime dont bénéficie l’État et la disproportion des moyens à l’œuvre.

En outre, l’approche non-violente nie la dimension profondément subjective de la violence : au-delà de la conséquence d’un acte physique et objectif, la violence est aussi une question de perception individuelle. Une action considérée comme « non-violente » par des participant-es pourra néanmoins être vécue comme violente par d’autres : l’exploitant agricole dont le champ OGM aura été fauché, l’employé de banque dont l’agence est soudainement occupée, etc. Dans ces conditions, parler de non-violence, c’est refuser à autrui le droit de définir par lui ou elle-même ce qu’il ou elle perçoit comme violent.

Ce qui nous amène à un troisième problème : la non-violence oublie une dimension fondamentale des rapports d’oppression : ceux-ci sont indolores pour les dominant-es et donc le plus souvent invisibles pour elles et eux.

Lire tout l’article : LaNonViolence Jul.Rousseau

Juan Branco désosse Macron

21 janvier 2019 Commentaires fermés sur Juan Branco désosse Macron

Un entretien de Daniel Mermet avec Juan Branco, avocat, auteur de Crépuscule (2018). In Là-bas si j’y suis du 21 décembre 2018

Léché, lâché, lynché. La règle des trois « L » est bien connue parmi ceux qui connaissent gloire et beauté. C’est ce qui arrive à Emmanuel Macron. Hier, le beau monde des médias le léchait avec ravissement, et voilà qu’aujourd’hui le peuple demande sa tête au bout d’une pique. Le petit prodige est devenu le grand exécré.

Rien d’étonnant, les riches l’ont embauché pour ça, il est leur fondé de pouvoir, il est là pour capter toute l’attention et toutes les colères, il est leur paratonnerre, il est leur leurre, en somme. Tandis que la foule hurle « Macron, démission », ceux du CAC 40 sont à la plage. Un excellent placement, ce Macron. De la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune à la « flat tax » sur les revenus des capitaux, de la baisse de l’impôt sur les sociétés à la loi Travail qui facilite les licenciements, il n’a pas volé son titre de président des riches.

Mais pourquoi lui ? Comment est-il arrivé là ? À quoi ressemblent les crabes du panier néolibéral d’où est sorti ce premier de la classe ? Une caste, un clan, un gang ? Le cercle du pouvoir, opaque par nature, suscite toujours fantasmes et complotisme aigu. Il est très rare qu’une personne du sérail brise l’omerta.

Juan Branco vient de ce monde-là. Avocat, philosophe, chercheur, diplômé des hautes écoles qui fabriquent les élites de la haute fonction publique, à 30 ans il connaît ce monde de l’intérieur. Sur son blog, il publie « CRÉPUSCULE », une enquête sur les ressorts intimes du pouvoir macroniste et ses liens de corruption, de népotisme et d’endogamie, « un scandale démocratique majeur : la captation du pouvoir par une petite minorité, qui s’est ensuite assurée d’en redistribuer l’usufruit auprès des siens, en un détournement qui explique l’explosion de violence à laquelle nous avons assisté. [1] »

Cliquez ici pour télécharger Crépuscule, de Juan Branco :

Un intermittent répond à la lettre d’Emmanuel Macron

18 janvier 2019 Commentaires fermés sur Un intermittent répond à la lettre d’Emmanuel Macron

Samuel Churin, Comédien et membre de la Coordination des intermittents et précaires,  répond à la lettre aux Français d’Emmanuel Macron.

PUBLIÉ LE 16 JANVIER 2019 In Politis – Tribune

Monsieur,

Vous m’avez écrit le 13 janvier dernier, il était donc tout à fait normal que je vous réponde. Pour commencer et avant de développer plus amplement, je tenais à préciser que je ne me sens pas faisant partie de « votre peuple ». En effet, et il me semble que cela est peu relevé, vous employez souvent l’expression « mon peuple » pour parler des habitants de France. Si je ne conteste pas mon appartenance au peuple, je revendique le fait de ne pas faire partie du vôtre. D’ailleurs faudrait-il se poser la question : qu’entendez-vous par « mon peuple » ?

Cette précision faite, je voudrais essentiellement vous répondre sur un sujet qui devrait à mon avis être au cœur du débat : celui de l’emploi à tout prix et de la valeur travail dont vous parlez tant. Votre phrase « tous les Français n’ont pas le sens de l’effort » en est une parfaite illustration. S’il est vrai que le mépris dont vous faites preuve régulièrement envers celles et ceux qui sont au chômage n’est pas partagé par tous, l’hypothèse jamais remise en cause de « l’emploi à tout prix et sa valeur travail » fait l’unanimité dans la classe politique. L’emploi à tout prix est même une obsession chez vous puisqu’il est au cœur de toutes les phrases pleines de morgue, devenues célèbres, prononcées du haut de votre grandeur sur un piédestal devenu bien fragile. Pour rappel, car les mots ont un sens et la parole est performative :

« Le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler » (École numérique de Lunel dans l’Hérault, 27 mai 2016)

« Une gare, c’est un lieu où l’on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien » (Halle Freyssinet Paris, 29 juin 2017)

« Je ne cèderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes » (École française d’Athènes, 8 septembre 2017)

« Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas » (Corrèze, 4 octobre 2017)

« Je traverse la rue et je vous en trouve » (à propos du travail, adressé à un chômeur, jardin de l’Élysée, 16 septembre 2018)

Et ajoutons sur les « migrants » :

« Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien » (Ethel, Morbihan, 1er juin 2017)

Personne n’a relevé que derrière la violence inouïe de ces propos se cachait une idéologie hélas partagée par une grande majorité. Cette idéologie est posée comme hypothèse jamais remise en cause, elle est le fondement de toutes les politiques et l’obsession des commentateurs : rétablir le plein emploi afin que chaque citoyen s’épanouisse.

Bon nombre de personnes travaillent sans être employées

Tout d’abord monsieur, le plein emploi n’existe pas et n’a jamais existé. J’ose espérer que pendant vos nombreuses années d’études, vous n’avez pas séché ce chapitre. En effet, vous n’êtes pas sans savoir que le plein emploi que la France a connu était un plein emploi fictif : une époque (années 1950 et début années 1960) où presque la moitié de la population n’était pas employée, à savoir les femmes. Et c’est d’abord une mise au point à faire : si nous voulons comprendre l’enjeu de ce débat, il faut impérativement différencier l’emploi et le travail. Ces deux termes ne se recouvrent pas.

L’emploi est obligatoirement sanctionné par une fiche de paye. Après avoir dit cela, on comprend parfaitement que bon nombre de personnes travaillent sans être employées.

Lire la suite : lettremacron réponsechurin 160119