Jean Rostand – Qu’est-ce que la culture ?

2 janvier 2020 Commentaires fermés sur Jean Rostand – Qu’est-ce que la culture ?

La culture ce n’est pas avoir le cerveau farci de dates, de noms ou de chiffres, c’est la qualité du jugement, l’exigence logique, l’appétit de la preuve, la notion de la complexité des choses et de l’arduité des problèmes.

C’est l’habitude du doute, le discernement dans la méfiance, la modestie d’opinion, la patience d’ignorer, la certitude qu’on n’a jamais tout le vrai en partage; c’est avoir l’esprit ferme sans l’avoir rigide, c’est être armé contre le flou et aussi contre la fausse précision, c’est refuser tous les fanatismes et jusqu’à ceux qui s’autorisent de la raison ; c’est suspecter les dogmatismes officiels mais sans profit pour les charlatans, c’est révérer le génie mais sans en faire une idole, c’est toujours préférer ce qui est à ce qu’on préférerait qui fût.

Retraites … des chiffres pour débattre

17 décembre 2019 Commentaires fermés sur Retraites … des chiffres pour débattre

Par le comité de mobilisation de la Direction générale de l’Insee

Publié le 16 décembre 2019 – bulletin du syndicat Insee-Genes

Nous sommes des statisticien·ne·s de l’Insee. Mercredi 11 décembre 2019, le Premier ministre, M. Edouard Philippe, a affirmé :  » la responsabilité, c’est tenir compte, comme tous nos voisins, de données économiques et démographiques incontestables ».

Nous le prenons au mot en rappelant quelques chiffres fondamentaux, afin que les citoyens s’en saisissent et comprennent l’enjeu d’un refus collectif de la réforme régressive en cours.

Lire l’article : Syndicat CGT de l’Insee-Genes : Retraites : des chiffres pour débattre

Sionisme et ainsi de suite…

3 décembre 2019 Commentaires fermés sur Sionisme et ainsi de suite…

In l’Ère du Peuple – Lundi 2 décembre 2019

Le 3 décembre sera présenté à l’Assemblée nationale une résolution LREM visant à assimiler la critique du sionisme à un acte antisémite. L’énormité du procédé fait deviner une volonté de provocation qui sidère. Le groupe parlementaire insoumis ne votera pas ce texte. Cette résolution soulève en effet de nombreuses réactions de stupeur et de réprobation en France et dans le monde. La Commission nationale des droits de l’homme a écrit à chaque député pour les enjoindre de ne pas le voter. Et un « appel de 125 universitaires juifs » s’est également adressé aux députés pour demander de ne signer ni voter ce texte. J’ai pensé que c’était un document à faire connaître, car il me semble présenter un grand nombre des arguments que nous sommes nombreux à formuler contre cette « résolution ». Signé par des gens qui se désignent eux-mêmes comme juifs, cet appel et sa diffusion pourront circuler sans valoir à ceux qui le feront un de ces coups de rayons paralysant, ce « herem » qu’est la sempiternelle accusation d’antisémitisme lancé à tort et à travers pour tuer toute discussion quand elle gène. Ce serait risible si l’antisémitisme n’était pas un sujet sérieux et s’il n’était pas considéré comme un délit puni par la loi.

Appel de 125 universitaires juifs à l’Assemblée Nationale : ne soutenez pas la proposition de résolution assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme et approuvant la définition de l’IHRA

27 novembre 2019

Mesdames, Messieurs les députés,

Nous, universitaires et intellectuels juifs, d’Israël et d’ailleurs, dont beaucoup spécialistes de l’antisémitisme et de l’histoire du judaïsme et l’Holocauste, vous écrivons dans la perspective de la proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme que l’Assemblée Nationale a mise à l’ordre du jour des discussions pour débat et vote les 3 et 4 décembre prochains.

Nous souhaitons exprimer notre vive préoccupation concernant la montée de l’antisémitisme dans le monde, y compris en France. Nous considérons l’antisémitisme et toutes les autres formes de racisme et de xénophobie comme une menace réelle contre laquelle il convient de lutter avec la plus grande fermeté, et nous exhortons le gouvernement et le parlement français à le faire.

Tout en soulignant fermement cette préoccupation, nous nous opposons à la proposition de résolution sur l’antisémitisme pour deux raisons principales, et nous vous invitons à ne pas apposer votre signature et à ne pas lui accorder votre soutien.

Lire la suite : Sionisme et ainsi de suite

5 DÉCEMBRE ET APRÈS : ON VA FAIRE SIMPLE

2 décembre 2019 Commentaires fermés sur 5 DÉCEMBRE ET APRÈS : ON VA FAIRE SIMPLE

« Giletjauner la grève, c’est en finir avec les finasseries. »

paru dans lundimatin#219, le 2 décembre 2019

Qu’attendre de cette journée de grève du 5 décembre ? Une démonstration symbolique et ordonnée qui rassurerait le pouvoir macroniste ? Le grand retour du « mouvement social » à la française ? Ou bien le point de rencontre de tous les mécontentements sur la question du travail et de la retraite mais aussi du désastre écologique, du soin et de la vie comme elle ne va plus. Parmi les centaines d’appels à la grève qui circulent dans les entreprises et sur l’internet, celui-ci a particulièrement retenu notre attention ; pour sa simplicité, comme son titre l’indique mais aussi pour la synthèse qu’il propose justement de ces différents fronts qui trament l’opposition au pouvoir actuel.

Tout est très simple. C’est ça l’esprit gilet jaune. Macron dit de venir le chercher ; on va le chercher à l’Élysée. L’État nous rackette sur les routes ; on pète les radars. On en a marre de tourner en rond chez soi ; on occupe les ronds-points. BFM ment ; BFM s’en mange une. On veut se rendre visibles ; on enfile le gilet fluo. On veut se fondre à nouveau dans la masse ; on l’enlève. Les gilets jaunes, c’est le retour de l’esprit de simplicité en politique, la fin des faux-semblants, la dissolution du cynisme.

Comme on entre dans la grève, on en sort. Qui entre frileux dans la grève, sans trop y croire ou en spéculant à la baisse sur le mouvement, comme le font toujours les centrales même lorsqu’elles font mine d’y appeler, en sort défait. Qui y entre de manière fracassante a quelque chance de fracasser l’adversaire. La grève qui vient – cela se sent dans la tension qu’elle suscite avant même d’avoir commencé – contient un élément magnétique. Depuis des mois, elle ne cesse d’attirer à elle plus de gens. Ça bouillonne dans les têtes, dans les corps, dans les boîtes. Ça craque de partout, et tout le monde craque. C’est que les choses sont simples, en fait : cette société est un train qui fonce au gouffre en accélérant. Plus les étés deviennent caniculaires, plus on brûle de pétrole ; plus les insectes disparaissent, plus on y va sur les pesticides ; plus les océans se meurent dans une marée de plastique, plus on en produit ; plus le monde de l’entreprise devient toxique, plus ses pires techniques de management se généralisent ; plus les gens crèvent la gueule ouverte, plus les rues regorgent de publicité pour des marques de luxe ; plus la police éborgne, plus elle se victimise. Au bout de ce processus de renversement de toute vérité, il y a des Trump, des Bolsonaro, des Poutine, des malins génies de l’inversion de tout, des pantins du carbofascisme.

Il faut donc arrêter le train. La grève est le frein d’urgence.

Lire la suite de l’article : 5 décembre et après

Analyse globale de la situation écologique

14 septembre 2019 Commentaires fermés sur Analyse globale de la situation écologique

par Arthur KELLER  (conférence donnée au TEDx publiée le 3 septembre 2019)

La questions des limites et vulnérabilités de nos sociétés n’est ni une discussion idéologiques, ni affaire d’opinion ou d’intuitions personnelles.

Le monde naturel se compose de 6 sphères :

  1. la lithosphère : l’enveloppe rigide de la terre : on en extrait les énergies fossiles, les terres rares, les sables de construction, les nutriments vitaux comme le phosphore …etc. C’est une question de stocks mais surtout de flux = est-on en mesure d’assurer les approvisionnements en pétrole dont nous avons besoin pour fonctionner
  2. l’hydrosphère : l’ensemble océan, mer, lacs, cours d’eau, nappe phréatiques (pollution, acidification, salinisation, réchauffement, assèchements …) 
  3. cryosphère : ensemble des glaces de la planète : banquise, glacier, permafrost : ça fond !!
  4. l’atmosphère : nous en modifions la composition chimique si vite que les cycles de l’eau et du carbone, essentiels à la vie, sont détraqués : le climat sort de sa zone de stabilité, sans compter les multiples pollutions en gaz et multiples particules.
  5. la biosphère : l’ensemble du vivant : si on exclut l’humanité et les animaux d’élevage, 60% des vertébrés ont disparus en 44 ans (mammifères terrestres et marins, les amphibiens, les poissons, les reptiles et les oiseaux). Les êtres vivants ne disparaissent pas, nous les exterminons par nos modes de vie : ce n’est pas un procès d’intention, juste un fait.
  6. la pédosphère : les sols : 75% des terres de la planète sont dans un état critique (pratiques agricoles intensives, urbanisation ou activités industrielles, notamment l’extraction minière … Dernièrement les Nations Unies nous ont alertés d’un risque majeur  de pénurie alimentaire mondiale.

 

Voilà l’état constaté du monde naturel.

A côté de cela, il y a la sphère N°7, l’anthroposphère, l’humanité, les activités humaines, les productions humaines (objets, déchets). 

L’anthroposphère explose : une croissance exponentielle qui fait que l’empreinte écologique de l’humanité, la pression que l’on exerce sur la planète surpasse désormais ce que cette dernière peut encaisser.

Question : nos sociétés peuvent-elles durer quand toutes les composantes du monde naturel sont  en effondrement ou en atteinte de limites ?  NON !

Pour bien comprendre en profondeur la nature de nos vulnérabilités, j’ajoute quatre éléments :

1 toutes nos activités, jusqu’aux plus vitales, sont tributaires du bon fonctionnement continu de chaines logistiques à flux tendus, hors de notre contrôle … qui nécessitent des transports dont 96% nécessitent du pétrole.

Si vous pensez que notre sécurité énergétique, alimentaire ou sanitaire est garantie par l’Etat, les Collectivités, détrompez vous : en cas de rupture d’approvisionnements de plus de quelques jours, nous sommes livrés à nous-mêmes.

2 Nous dépendons d’infrastructures (réseaux de transport, de communication, d’eau, de gaz, d’électricité) qui tous nécessitent un apport permanent de matériaux et d’énergie pour leur bon fonctionnement et leur maintenance.

3 On a technologisé le monde, mais ce faisant, on l’a certes optimisé mais on l’a surtout complexifié … et fragilisé. Nous voici vulnérables à des ruptures d’approvisionnement, des pannes, des hackers, des cyberterroristes …etc

4 La crise sur le gâteau, nous sommes à la merci des emballements de marchés boursiers instables ; notre monde entier est inféodé à un systèmes- financier court-termiste dont la finalité est aux antipodes de l’intérêt général.

Alors, que fait-on. On réclame que les dirigeants agissent ? Peine perdue. Quand bien même ils le voudraient sincèrement, leurs réponses sont inadaptées. 

Et pour s’en convaincre, jetons un coup d’oeil du côté du climat, LA question qui mobilise la communauté internationale : on a un sommet Onusien annuel, des milliards investis, un marché du carbone, on a des innovations, des transitions énergétiques dans « x » pays, et pas la moindre réduction des émissions des gaz à effet de serre … zéro.

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LE ROI BOITEUX

2 septembre 2019 Commentaires fermés sur LE ROI BOITEUX

Paroles : Gustave Nadaud    Musique : Georges Brassens

1. Un roi d’Espagne, ou bien de France, (Dom, Sib)

Avait un cor, un cor au pied. (Sol#, Sol) 

C’était au pied gauche, je pense, (Dom, Sib)

Il boitait à faire pitié. (Sol#, Sol, Dom) 

2. Les gens de cours, espèce adroite, S’appliquèrent à l’imiter,
Et qui de gauche, qui de droite, Ils apprirent tous à boiter.

3. On vit bientôt le bénéfice, Que cette mode rapportait, 
Et, de l’antichambre à l’office, Tout le monde boitait, boitait.

4. Un jour, un seigneur de province, Oubliant son nouveau métier, 
Vint à passer devant le prince, Ferme et droit comme un peuplier.

5. Tout le monde se mit à rire, Excepté le roi, qui tout bas, 
Murmura : « Monsieur, qu’est-ce à dire ? Je crois que vous ne boitez pas. »

6. Sire, quelle erreur est la vôtre ! Je suis crible de cors ; voyez :
Si je marche plus droit qu’un autre, C’est que je boite des deux pieds. »

Chansons de Gustave Nadaud, Henri Plon, imprimeur-éditeur, 1870 (8e éd.) (p. 328-329).

Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce (Réflexions sur l’effondrement)

29 août 2019 Commentaires fermés sur Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce (Réflexions sur l’effondrement)

Notes de lectures du livre de Corinne Morel Darleux 

Publiées par FANXOA le 27 août 2019

En 1975, Pier Paolo Pasolini sonnait déjà l’alarme sur notre mode de fonctionnement consumériste et la venue d’un homo-degenerus adapté au nouveau fascisme. Il faut relire pour cela ses Écrits corsaires. En 1977, les punks singeaient la décadence, célébraient le béton et le nucléaire comme signature de notre déclin. Une liberté sans garde-fou, vivre vite et faire un beau cadavre. Bien avant ces deux repères, Corinne Morel Darleux évoque ses inspirations profondes, politiques, littéraires et maritimes : l’essayiste Mona Chollet, l’anarchiste Emma Goldman, l’écrivain Romain Gary et le navigateur Bernard Moitessier.

Dans ce petit essai, qui nous invite à la réflexion sur notre monde, elle établit des liens entre ces personnages pour dresser une nouvelle utopie écosocialiste portée par une éthique résumée en dos de couverture « refuser de parvenir, instaurer la dignité du présent pour endiguer le naufrage généralisé ». On peut ajouter à cela « éloge de la sobriété » et « pratiques individuelles ancrées dans une démarche et une vision collectives » ou comment remédier à un effondrement programmé et engagé sur bien des plans.

L’auteure dresse d’abord la genèse de sa pensée sur l’exemple de ce navigateur qui abandonne une course et le monde sclérosé des honneurs et de l’argent qui l’attend pour « ne pas renoncer » (p. 18) et in fine « se réapproprier sa propre trajectoire » (p. 42). « Refuser de parvenir » en toute conscience et de façon raisonnée est la première étape de la modification de nos comportements en société. Corinne Morel Darleux explique ce choix : « Le refus de parvenir permet de dépasser le statut payeur-consommateur auquel est réduit l’individu et qui détermine son statut social à l’aune de ses possessions » (p. 19). Elle poursuit : « La revendication de l’argent et de la notoriété pour chacun remplace insidieusement le droit à une vie digne pour tous » (p. 23).

Diktat d’un ascenseur social biaisé, méritocratie darwinienne, injonction à la réussite, elle dresse un constat critique de nos sociétés, déjà perdues et avalées par un libéralisme ravageur : « dérèglements climatiques », « dépendance au numérique », « spéculation financière » et « impasse démocratique » (p. 74). L’alternative : refusons le gavage et participons au rêve. Faisons un pas de côté et restons libres de nos choix. Disons non aux injonctions mirobolantes qui nous enferment dans une prison réelle ou dorée. Son constat est lucide et s’appuie sur nos connaissances actuelles : « Qu’il s’agisse du climat, de la biodiversité ou d’autres secteurs fêlés, nous faisons face aujourd’hui à un faisceau de valeurs, à la fois de vulnérabilité, de probabilité et de criticité qui n’a jamais été aussi élevé dans l’histoire de l’humanité » (p. 93). Il est grand temps de réagir.

A titre plus personnel, je vois ici beaucoup de résonances avec l’éthique bérurière (s’il y en a une) du désenclavement, de la lutte contre l’enfermement de soi et des autres. Le slogan leitmotiv « En République l’anarchie » trouve une belle illustration dans ce passage : « Il y a pourtant, toujours, une multitude de petits pas de côté à dénicher, toujours un interstice de dissidence à aller chercher, une petite marge de décision à exercer dans chaque mouvement » (p. 43). En clair, créer les conditions d’une contre-culture libre dans un ensemble contraignant. Mais ce n’est pas suffisant si le tout n’est pas associé à l’utopie organisée d’un monde viable à mettre en œuvre dès maintenant car « c’est aujourd’hui que l’après se construit » (p. 97).

Cette réflexion sur le monde, assez flippante, est en réalité plutôt optimiste car la fin de l’ouvrage nous incite non pas à se résigner à un « no future », symptôme d’une collapsologie équivoque ou sans appel mais bien à relever la tête, individuellement et ensemble, dans un « yes future » écologique et plus harmonieux (suivez mon regard). Son pessimisme combatif est déjà un défi à notre humanité. Je m’attendais à une éthique du catastrophisme, je reçois une volée de lucioles rafraîchissantes.

FX, 27/08/2019.

  • Réf. Corinne Morel Darleux, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce. Réflexions sur l’effondrement, Paris, Libertalia, 2019, 101 p. Présentation de l’éditeur.