Comment dire « non » quand les machines triomphent ?

4 octobre 2018 Commentaires fermés sur Comment dire « non » quand les machines triomphent ?

Par Jean-Michel Besnier in Revue ESPRIT Mars/Avril 2017

« Certains paléoanthropologues prévoient que l’espèce humaine sera de plus en plus capable d’automatismes, comme si cela était pour nous une loi d’évolution qui, progressivement, nous rapprocherait des animaux. La conscience devrait donc de plus en plus disparaître. Dans l’évolution de l’espèce, elle a été un avantage sélectif pour assurer notre survie face à un environnement naturel hostile. Elle cesse d’être un avantage dans un environnement « technologisé », où il faut être compétitif et réactif. Il va donc falloir se débarrasser de la conscience, ou en tout cas la réduire au minimum. C’est la « zombification » de l’humain qui se profile – ou plus sobrement dit, sa « simplification ». Sombre perspective, sans doute, mais qui peut affirmer qu’il n’est pas obligé de se comporter de plus en plus comme une machine pour être performant dans la vie de tous les jours ? »

Lire la suite : Automatismes DireNon

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« Ce monde se défait sous nos yeux » : L’effondrement dans le regard d’une artiste : Manon Aubry

31 août 2018 Commentaires fermés sur « Ce monde se défait sous nos yeux » : L’effondrement dans le regard d’une artiste : Manon Aubry

Mr MONDIALISATION 29 août 2018

La perspective d’un effondrement civilisationnel lié à l’emprise de l’humanité sur l’environnement nous oblige à redéfinir les valeurs sur lesquelles sont bâtie notre société et notre imaginaire, argumente Manon Aubry, jeune artiste originaire de Besançon. Selon elle, les données scientifiques brutes ne suffisent pas à nous confronter à la réalité écologique d’aujourd’hui et ses potentielles conséquences sur l’avenir. Avec ses peintures, elle plaide pour une reconnexion avec l’intégralité du monde. Interview à cœur ouvert.

Mr Mondialisation : Bonjour Manon, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs en quelques mots ? 

Manon Aubry : Je suis née il y a 25 ans au cœur d’un bassin industriel proche de Besançon – où je vis actuellement ; j’ai longtemps été bercée par les histoires d’usine, observé la préparation de la « gamelle » quotidienne et l’épais bleu de travail pâlir sous des chaleurs ardentes, vu les visages noircis au crépuscule et les corps se déliter sous le poids des machines – des humains rendus machines, aussi. L’ensemble de ma famille a pénétré ces environnements opaques, ces mornes brouillards où l’on survit. Moi exceptée. Le spectacle de ces grandes violences communément admises bien qu’invisibilisées de toutes parts est un stimulant pour la pensée : la compréhension devient une nécessité, parce qu’elle est le seul moyen d’y échapper. Consciente des déterminismes sociaux notamment, j’ai le jour de ma majorité décidé de rompre avec le parcours conventionnel – ce parcours présenté comme « naturel » – que je suivais jusque là. Je me suis dès lors arrachée à tout cadre, à toute voie préétablie et ai bifurqué radicalement afin d’ouvrir mon propre chemin, singulier, en me consacrant absolument à l’aiguisage de ma pensée et de mon existence, processus duquel jaillit ma peinture.

Mr Mondialisation : Comment êtes-vous devenue sensible à la question de l’effondrement ? 

Manon Aubry : Contrairement à de nombreuses personnes ayant accepté et intégré le processus de déclin dans lequel nous entrons, ma prise de conscience ne s’est pas révélée dans un retentissant fracas, une grande rupture qui aurait marqué le bouleversement soudain et la redéfinition de mes représentations. Elle a été l’évolution progressive et logique du déploiement de ma pensée, du fil de mon expérience au monde. Je dois néanmoins une forme de validation, une balise que l’on pose, qui s’ancre solidement en nous et que l’on fait sienne, à ma lecture du rapport Meadows « Les limites à la croissance (dans un monde fini) » paru dans sa version actualisée en 2012. Je doute néanmoins de la centralité de ce genre de lectures, je doute qu’elles nous permettent d’être à même, à elles seules, de constater que ce monde se défait sous nos yeux : les rapports scientifiques sont évidemment nécessaires, ils sont une confirmation, un enrichissement et une boussole, mais je doute de la suffisance de leur puissance à engendrer à eux-seuls une prise de conscience étendue, un renversement de fond qui soit à la mesure de l’instabilité inouïe qui caractérise l’ère dans laquelle nous entrons, et à laquelle aucun être humain ayant foulé cette planète n’a jamais eu à faire face.

Pour lire la suite : Effondrement ManonAubry

Urgence écologique et climatique

23 juillet 2018 Commentaires fermés sur Urgence écologique et climatique

Quinze mille scientifiques alertent sur l’état de la planète.                                                                         (Le Monde 14 novembre 2017)

Tous les indicateurs montrent une dégradation catastrophique de l’environnement sous la pression de l’homme.

Lire l’article : 15000ScientifiqAlerte (nov2017)

Collapsologie et intuition

30 juin 2018 Commentaires fermés sur Collapsologie et intuition

Par Vincent Mignerot – 24 avril 2018

Vincent Mignerot propose ici une analyse fine et une déconstruction sans faiblesse des bégaiements « experts » en effondrements ; cela ouvre des pistes pour comprendre l’improbable, sinon impossible ajustement des brutalités déjà actuelles de notre monde avec un projet de société qui soit respectueux de la vie alors que tout s’effondrera.

Cela m’amène, par contrecoup, et parce que comme chacun je suis et serais concerné personnellement par le sujet, à me poser des questions qui, je l’espère, illustreront son propos.

Quelles seront mes réactions confronté à un « tremblement de terre », au tremblement de MA terre » ? Dans quelles dispositions d’esprit, comment mon psychisme, ma sensibilité, mon intelligence pourront faire face, affronter un quotidien entièrement recomposé (nourriture, soins, transports, énergie …) et surtout « hostilement » recomposé ?

En d’autres termes, vais-je m’organiser pour être le dernier « loup » à survivre au milieu des ruines, l’ultime, le plus rusé, celui qui a dévoré ses congénères ?

Ou, à l’inverse, ma disparition programmée (ce qui n’est pas vraiment un scoop … n’est-ce pas le lot de tous les vivants ?) suscitera ou confirmera-t-elle en moi le besoin premier de respecter les valeurs qui ont orienté mes choix et vertébralisé mon existence, la fin annoncée ne changeant rien à l’affaire ?

Ou dit encore autrement, mourir comme j’aurai vécu ? …Prédateur ou coopérateur ? …Profiteur ou serviable, utilisant le talent reçu pour mon intérêt perso ou pour la communauté ?…Aliéné ou libre ?

Tous les humains grandissent au rythme lent des maturations humaines … en l’affaire, la génération spontanée serait une fable. Chacun se doute bien que selon son histoire et les choix qui ont orienté sa vie AVANT, il réagira pareillement APRES.

Et cela ne vaudrait pas pour nos choix de société ?

A l’instar de Cyril Dion, du mouvement Colibri dont je suis membre, Pablo Servigne, dont j’ai beaucoup apprécié les conférences sur la collapsologie, infantilise ses interlocuteurs avec un discours rassurant, faussement rassurant en fait : « Ca va mal se passer mais il y a des solutions » dit le premier lorsqu’ajoute le second : « Et cela ne fera pas si mal que ça … on va se serrer les coudes »   … et pourquoi pas, s’aimer très fort ! C’est peu respectueux, je trouve.

Bien entendu, les coopérateurs bienveillants des petites structures et organisations, crées ces dernières 30 années, et fondées sur le respect de la vie par la conscientisation de leurs membres résisteront, individuellement et collectivement, mieux aux différents effondrements et probablement, en amortissant les chocs, plus longtemps que d’autres moins bien préparés. Mais résisteront- ils/elles longtemps à la déferlante des chômeurs et laissés pour compte de notre société, déferlante qui sortira notamment de nos banlieues – où vit 60% de la jeunesse de notre pays – à laquelle s’ajoutera celle des réfugiés climatiques ?

Ca ne se passera pas bien parce que cela ne peut pas bien se passer Il n’y a rien, pas le plus petit signe qui permet d’espérer le contraire. Ce n’est pas une intuition … Tous les indicateurs – sociaux, politiques environnementaux … – sont au rouge ; il suffit d’écouter les gens, observer leurs comportements.

On ne peut pas vivre dans des sociétés occidentales/européennes mobilisées par une coupe du monde de football, par des jeux olympiques, c’est à dire mobilisées par la compétition et la concurrence, et dirigées par des oligarchies arrogantes et corrompues, protégeant par priorité leurs intérêts de caste, et espérer des comportements sociaux bienveillants. La naïveté ne saurait être de mise en l’affaire. C’est trop sérieux !

Merci Vincent de l’avoir compris … et écrit dans ce texte magnifique et limpide !

Lire le texte de Vincent Mignerot : Intuition et collapsologie

 

Roya citoyenne – Cédric Herrou

20 mai 2018 Commentaires fermés sur Roya citoyenne – Cédric Herrou

Zia Oloumi Avocats    Communiqué du 12 mai 2018

A l’occasion du procès en cassation de Cédric Herrou concernant les faits d’octobre 2016, la haute juridiction française vient d’accéder à la demande des avocats de cet agriculteur de la Roya et décidé le 9 mai 2018 de transmettre une question prioritaire de constitutionnalité relative au « délit de solidarité ».

Condamné par la Cour d’appel d’Aix-en-Provence le 8 août 2017 à 4 mois de prison avec sursis (décision non définitive), pour aide à l’entrée, au séjour et à la circulation d’étrangers en situation irrégulière, alors qu’il n’apportait que son aide humanitaire à des personnes vulnérables et en détresse, M. HERROU a formé le 11 août 2017 un pourvoi en cassation. La question posée à cette occasion tend ainsi à faire constater l’inconstitutionnalité du « délit de solidarité » réprimé par les articles L.622-1 et L.622-4 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA).

Les dispositions de ces articles permettent effectivement de réprimer le fait pour toute personne d’avoir, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation et le séjour irréguliers, d’un étranger en France même pour des actes d’aide à des fins purement humanitaires qui n’ont donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte. La possible « exemption » ou « immunité humanitaire » ne s’applique qu’au titre du seul délit d’aide au séjour irrégulier (et demain peut-être à la circulation) d’un étranger en France et non pour l’aide à l’entrée, lesquels actes peuvent pourtant parfaitement relever d’une démarche purement humanitaire et désintéressée. De même, le champ des exemptions est limité et il revient à chaque prévenu de démontrer son innocence.

La défense de Monsieur Cédric Herrou a toujours soutenu la position selon laquelle la fraternité était le socle de la République et s’opposait à une législation qui directement ou indirectement porterait atteinte à ce principe en incriminant ce qui pourrait s’analyser comme une mise en œuvre de cette devise.

Lire la suite de l’article : Roya citoyenne Cédric Herrou

Espaces culturels émergents, Tiers-lieux, Lieux intermédiaires, Fabriques…

12 mai 2018 Commentaires fermés sur Espaces culturels émergents, Tiers-lieux, Lieux intermédiaires, Fabriques…

Comment appréhender les espaces culturels émergents ?

Aujourd’hui assistante chercheure pour le Centre des arts et du management culturel de la Burgundy School of Business (ancien ESC Dijon), Cassandre Jolivet a achevé une thèse professionnelle l’an dernier, dirigée par Elena Borin, sur les espaces culturels émergents, autrement appelés « espaces culturels intermédiaires ». Elle propose une synthèse de ses recherches dans une série de six articles publiés, entre le 26 mars et le 1er mai, dans Profession Spectacle.

1/6      Tiers-lieux, lieux intermédiaires, fabriques…

Depuis une vingtaine d’années de nouvelles pratiques culturelles se développent partout en Europe, et plus récemment en France. Des bâtiments abandonnés, souvent industriels, sont investis par des artistes et deviennent des squats, des espaces artistiques indépendants, des laboratoires de création artistique… La nouveauté de ces pratiques ainsi que la diversité des projets les rendent difficiles à classer, dans un secteur où l’on est habitué à des modèles institutionnels bien calibrés, surtout en France.

Zoom sur ces lieux émergents et leur typologie. Un nouvel objet difficile à identifier… En France, la prise de conscience de l’émergence de ces lieux semble se faire au début des années 2000, lorsque Fabrice Lextrait est chargé par Michel Duffour, secrétaire d’État à la décentralisation culturelle et au patrimoine, de mener une étude afin d’être informé sur ces lieux et leurs particularités1.

Dans cette étude, ils sont nommés « lieux culturels intermédiaires », mais on parle aussi de «tierslieux», « fabriques », « friches », « laboratoires » culturels, ou encore « espaces culturels émergents ». L’absence d’un terme unique pour les identifier montre leur diversité.

Il faut cependant faire la différence entre ces termes, qui font référence à des lieux, et d’autres concepts, également émergents, qui peuvent prêter à confusion.

Lire la suite : LieuxCulturelsEmergents

Macron … l’immature en son labyrinthe algorithmique

9 mai 2018 Commentaires fermés sur Macron … l’immature en son labyrinthe algorithmique

Publié le 6 MAI 2018 sur mediapart PAR CHRISTIAN SALMON

Un an après son élection, le président cherche à construire un pouvoir charismatique en héroïsant son destin personnel et en faisant du romanesque le cœur de l’aventure politique. Comment projeter la fonction présidentielle dans le XXIe siècle en la greffant sur un imaginaire qui date du XIXe siècle ? La contradiction paraît insurmontable à l’heure de la révolution des algorithmes qui neutralise toute velléité de symbolisation. 

En octobre 2017, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel réalisa un entretien remarqué avec Emmanuel Macron, devant lequel il évoquait Napoléon à Iéna, décrit par Hegel comme « l’Esprit du monde à cheval ». Un an après son élection, force est de constater que « l’Esprit du monde » est tombé de sa monture.

Mais qu’en est-il aujourd’hui de « l’Esprit du monde » ? Y a-t-il encore un chef d’État capable d’en supporter le poids ? Rien n’est moins sûr ! Et ce n’est pas la récente rencontre entre Donald Trump et Emmanuel Macron à Washington qui nous convaincra du contraire. On y vit non pas l’Esprit du monde à cheval mais la télé-réalité chevauchant sur la scène politique. Non pas le héros hégélien qui s’étend sur le monde et le domine, mais deux individus s’empoignant comme des lycéens, l’un voulant humilier l’autre, et y réussissant. C’est sans doute le seul résultat probant de cette visite qui a illustré jusqu’à la caricature le caractère parodique et quasi histrionesque que revêt la scène politique contemporaine.

L’homo politicus y subit une démystification radicale, qui l’entraîne dans la spirale d’un inexorable discrédit : de l’incarnation de la fonction à l’exhibition de la personne et de l’exhibition à sa carnavalisation. L’iconographie de la rencontre Trump/Macron ne laisse guère de doutes : Donald Trump officia moins comme un président des États-Unis que comme le producteur et l’animateur de l’émission de télé-réalité « The Apprentice ». En l’occurrence, l’« apprenti », c’était Emmanuel Macron, président de la start-up nation, qui était venu se mesurer, non pas à une autre start-up, mais à un animateur de télé-réalité.

Il croyait racheter à la baisse un président peu populaire, mais Trump le ramena à sa condition d’outsider, venu à Washington pour jouer dans la cour des grands. Celui qui croyait avoir bâti un rapport de force sur une poignée de mains fut traité tel le candidat d’une émission de télé-réalité, traîné devant les caméras comme un garçon timide, cajolé en public comme un enfant, épousseté de ses pellicules et de ses calculs avant d’être présenté devant le jury des médias. « Il doit être parfait. Il est parfait », a lancé le président américain.

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